Historique 4 – Transfert du Mans à Guîtres

Les 241-P  –  carrière SNCF de la P-9  –  Le dernier train (COPEF)  –  Transfert à Guîtres  –  Un long sommeil…

La AAATV cherche désormais à sauver la P-9. Ayant été fondée au dépôt de Bordeaux, elle propose la machine à la Ville de Bordeaux, qui ne manifeste aucun intérêt pour ce patrimoine. En 1974 la AAATV est en recherche d’une autre solution. Un train touristique a été fondé à Guîtres en 1972, et la ligne est toujours raccordée à Coutras. La solution est évidente, la circulation est programmée.

Préparation de la 241-P-9 pour son départ vers Bordeaux. Perché sur l’échelle propre à la machine, très certainement M. Ferron, dernier titulaire de la machine, qui va l’emmener jusqu’à Bordeaux, puis le lendemain jusqu’à Coutras.

 

 

La 241-P-9 a 1.679.308 kilomètres au compteur. Elle quitte le Mans le lundi 16 septembre 1974 à 10h00. A bord : M. Ferron, ancien titulaire de la machine, et MM. Chesneau et Boscher ; tous trois du dépôt du Mans. Le graphique de route porte sur 448 km à effectuer à 80 km/h. La machine remorque un tombereau de briquettes ainsi qu’une voiture B6 Ouest. Elle fait une halte au dépôt de St-Pierre-des-Corps, en gare de Poitiers, en gare d’Angoulême, traverse Coutras sans arrêt à 20h21 et arrive à Bordeaux à 21h12, avec en cabine une équipe très renforcée car forte de neuf personnes !

La 241-P-9 à l’arrivée à Bordeaux, photographiée par J.-P. Meiresonne. L’auteur a confié sa pellicule au journal Sud-Ouest, qui ne l’a jamais restituée. Heureusement un tirage argentique avait été confié au Journal municipal de Bordeaux, qui en a fait faire un négatif aujourd’hui en notre possession.

Ce soir-là, un jeune passionné, équipé d’un magnétophone tout neuf, enregistre une bande son de l’arrivée ainsi que du garage au dépôt. Il ignorait qu’elle serait utile 36 ans plus tard… Outre la machine, la bande son fait aussi entendre les échanges entre le mécanicien et les deux chauffeurs.

Photo : très certainement J.-L. Poggi.

Le lendemain, 17 septembre, un autre passionné, muni d’une caméra super 8, ne manque rien de l’évènement : il filme le nettoyage de la boîte à fumée, le départ sous la verrière de Bordeaux, le passage sur la fameuse Passerelle…

Les deux amateurs, Paul Larroque (film) et Alain Cassagnau (bande son) ne savent pas encore qu’ils se retrouveront 36 ans plus tard au sein de la AAATV Midi-Pyrénées, et réuniront, dans un DVD… le son et l’image !

La 241-P-9 quitte Bordeaux à 8h40. Peu avant Coutras, elle franchit la bourgade de St-Denis-de-Pile à 9h20, et émet l’un de ses derniers coups de sifflet digne d’une machine de grande ligne :

La machine arrive à Coutras à 9h28. En début d’après-midi, l’équipe se prépare au départ, en marche arrière. Le mécanicien qui la prend en charge est Néris Gendreau, retraité, co-fondateur de la AAATV, et qui habite à quelques minutes. Il connaît parfaitement la section de ligne de sept kilomètres entre Coutras et Guîtres.

241-P-9 à Coutras

La 241-P-9 à Coutras. Néris Gendreau est au centre, avec ses lunettes de conduite sur le front.

 

La machine est accueillie à Guîtres avec la solennité qui avait encore cours à l’époque : discours du Président de la AAATV Bordeaux, discours du Maire de Guîtres, musique par l’Harmonie locale et défilé des majorettes. Un degré de festivité qui connaît, en ces temps, ses dernières années.

Selon la tradition, la machine est immobilisée bielles hautes en voie 3, et en gardant le nez vers son dernier dépôt. Elle restera en plein air pendant deux ans, le temps qu’un abri soit construit et inauguré à nouveau en grande pompe.

En conclusion ultime, sur la feuille de route du Mans à Bordeaux, le “Mécru” (mécanicien de route), L. Ferron, et le chauffeur, ont apposé leurs signatures. M. Ferron y ajoute une sorte d’épitaphe résumant 150 ans de traction vapeur, dans une formulation émouvante qui en dit long : “Du temps où nous étions encore des hommes”.

Les 241-P  –  carrière SNCF de la P-9  –  Le dernier train (COPEF)  –  Transfert à Guîtres  –  Un long sommeil…